Les types d'entreprises de travaux
L'entreprise générale (EG)
L'entreprise générale assure la responsabilité de la réalisation complète d'un bâtiment vis-à-vis du maître d'ouvrage. Elle peut maîtriser en interne certains corps d'état et sous-traite les autres. Elle est l'interlocuteur unique du MOA pour l'ensemble des travaux.
| Avantages | Interlocuteur unique, coordination assurée par l'EG, risque global transféré sur l'EG, planning mieux maîtrisé. |
| Inconvénients | Coût généralement supérieur aux lots séparés (l'EG prend une marge sur ses sous-traitants), moindre maîtrise du MOA sur les sous-traitants réels. |
Les corps d'état spécialisés
Dans un marché en lots séparés, chaque entreprise est directement liée au maître d'ouvrage par son marché. La maîtrise d'œuvre assure la coordination technique. Ce mode est généralement moins coûteux que l'EG mais exige une MOE active et compétente.
Les artisans
Les artisans (≤ 10 salariés) représentent 60 % des entreprises du bâtiment en nombre. Ils interviennent principalement sur la rénovation, l'entretien et les petits projets neufs. Leur structure de coûts est plus légère (peu de frais généraux) mais leur capacité de production est limitée.
L'économie de l'entreprise BTP : la logique de l'étude de prix
Pour comprendre pourquoi une entreprise offre tel prix, il faut comprendre comment elle le construit. L'équation fondamentale est :
| PV HT = DS + FC + Fop + FG + B&A |
| = Kpv × DS |
| DS — Déboursés secs | Coûts directs de production : matériaux (y compris pertes et livraison), main-d'œuvre productive (salaires bruts + charges sociales = DHMO × temps productif), matériel d'exécution. |
| FC — Frais de chantier | Installation de chantier, grue, bungalows, personnel d'encadrement. Variables : 6-18 % des DS selon le type de travaux. |
| FG — Frais généraux | Coûts du siège, non imputables à un chantier spécifique. Environ 8-12 % du PV HT. |
| B&A — Bénéfice et aléas | Provision pour risques + bénéfice espéré. Fixé par la direction selon les besoins et la pression concurrentielle. Typiquement 6-10 % du PV HT. En marché tendu, peut descendre à 3-4 %. |
Le coefficient de prix de vente (Kpv) est le coefficient multiplicateur que l'entreprise applique à ses déboursés secs pour obtenir son prix de vente. Sa valeur dépend des proportions de FC, FG et B&A. Un Kpv de 1,30 signifie que pour 100 € de déboursés secs, l'entreprise facture 130 € HT.
Le DHMO : le coût réel de la main-d'œuvre
Le DHMO (Déboursé Horaire de Main d'Œuvre) est la donnée clé de l'étude de prix. Il ne se confond pas avec le salaire conventionnel.
| DHMO = Déboursé sec annuel de main-d'œuvre / Heures productives annuelles |
Où le déboursé sec annuel = salaires bruts totaux + charges sociales patronales (40-45 % du brut). Les heures productives sont les heures effectivement passées à produire (hors temps improductifs, réunions, déplacements inter-chantiers). Un ouvrier présent 229 jours/an à 7h/j = 1 603 h de présence mais seulement ~1 566 h de temps productif.
Ordres de grandeur DHMO en France (2024)
Ces valeurs intègrent salaires bruts + charges sociales patronales. Elles varient selon la convention collective, la région (Île-de-France +10-15 %), les indemnités de déplacement et le niveau d'heures supplémentaires. |
Le cycle complet d'une opération BTP
| Étude de l'offre de prix | Le technicien d'études de prix lit le DCE, réalise les métrés, calcule les sous-détails de prix (DS par OE), estime les FC et Fop, applique le Kpv pour obtenir les PU HT. Durée : 1 semaine à plusieurs semaines selon la taille du projet. |
| Signature du marché | Négociation éventuelle du PV HT avec le maître d'ouvrage. Attention : le montant du marché ne doit jamais être inférieur au coût de revient (DS + FC + Fop + FG). |
| Budget de chantier | Le conducteur de travaux traduit l'offre de prix en budget opérationnel : quantités commandées, crédit d'heures par OE, planning des approvisionnements. |
| Suivi économique en cours de chantier | Comparaison mensuelle entre dépenses réelles (matériaux, heures, matériel) et budget. Détection précoce des dérives par OE. |
| Bilan analytique post-chantier | Calcul de la marge, du résultat brut et du B&A réel. Mise à jour des données d'étude (DHMO, quantités élémentaires, coefficients de pertes) pour les prochaines offres. |
EG vs lots séparés : critères de décision
| Critère de complexité | Plus le projet est complexe (interfaces nombreuses, planning serré), plus l'EG est pertinente pour maîtriser la coordination. |
| Critère de taille | Les grands projets (> 10 M€) trouvent plus facilement des EG capables. Les projets intermédiaires (1-5 M€) se prêtent bien aux lots séparés. |
| Critère de maîtrise d'ouvrage | Un MOA avec une MOE active et un OPC rigoureux peut gérer des lots séparés. Un MOA sans ressources internes choisira l'EG. |
| Critère de prix | En marché avec bonne concurrence, les lots séparés sont 5-15 % moins chers. En période de surchauffe, l'écart se réduit voire s'inverse. |
La structure du secteur
| Chiffre d'affaires total | ~130 milliards d'euros/an (bâtiment + TP) |
| Nombre d'entreprises | 400 000+ entreprises du bâtiment |
| PME et TPE | 95 % des entreprises < 10 salariés |
| Grands groupes | Bouygues Construction, Vinci Construction, Eiffage Construction — < 5 % des entreprises, ~40 % du CA |
| Emploi | 1,4 million de salariés directs dans le bâtiment |
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Les données économiques sont issues des statistiques FFB et FNTP 2023-2024. Les formules d'étude de prix sont issues de Widloecher & Cusant, Manuel de l'étude de prix, Éditions Eyrolles, 5e éd. 2020.