1. La logique de construction d'un DPGF
Un DPGF se construit en partant de la structure du projet et en la découpant en unités économiquement cohérentes. Trois principes gouvernent cette construction.
Principe 1, Un lot = un marché = une entreprise. La première décision est le découpage en lots. Chaque lot correspond à un corps d'état ou à un groupement cohérent de prestations qui sera attribué à une seule entreprise. Le nombre de lots dépend de la taille du programme : un programme de 3 logements peut avoir 8 lots, un programme de 50 logements en aura 12 à 18.
Principe 2, La granularité conditionne le suivi. La décomposition en sous-lots doit être alignée avec les phases d'exécution réelles du chantier. Si les fondations sont coulées en 3 semaines et la structure en 8 semaines, elles doivent être dans des sous-lots distincts pour que les situations mensuelles reflètent l'avancement réel.
Principe 3, La désignation doit être vérifiable. Chaque ligne de DPGF doit décrire un ouvrage suffisamment précisément pour que le maître d'œuvre puisse vérifier en chantier si la prestation a bien été réalisée. « Béton divers » est invérifiable. « Voiles BA épaisseur 20 cm, coffrage deux faces, béton C25/30 » est vérifiable.
2. La structure type en 12 lots
Pour un programme de logements ou de bureaux standard, la structure en 12 lots suivante couvre l'ensemble des corps d'état. Les poids budgétaires indiqués sont des fourchettes pour un logement collectif standard, ils varient selon le programme et la zone géographique.
| Intitulé du lot | Corps d'état principal | Granularité recommandée | Poids typique / budget travaux |
|---|---|---|---|
| Terrassement / VRD | Terrassier / VRD | 3–5 sous-lots : déblais, remblais, réseaux ext., voirie | 3 – 8 % |
| Gros Œuvre / Béton Armé | Entreprise GO | 5–7 sous-lots : fondations, structure, dalles, escaliers, divers | 20 – 30 % |
| Charpente / Ossature Bois | Charpentier | 2–3 sous-lots : charpente, ossature, pièces métalliques | 3 – 7 % |
| Couverture / Étanchéité | Couvreur / Étancheur | 2–4 sous-lots : couverture, noues, étanchéité toiture-terrasse | 3 – 6 % |
| Façades / Isolation Ext. | Façadier / ITE | 3–5 sous-lots : ITE, bardage, ravalement, joints | 6 – 12 % |
| Menuiseries Extérieures | Menuisier ext. | 2–4 sous-lots : fenêtres, portes-fenêtres, occultations, portes entrée | 6 – 10 % |
| Cloisons / Doublages / Plafonds | Plaquiste | 3–5 sous-lots : cloisons, doublages, faux-plafonds, isolation phonique | 5 – 9 % |
| Sols / Revêtements de sol | Carreleur / Parqueteur | 2–4 sous-lots : carrelage, parquet, sol souple, chapes | 4 – 7 % |
| Plomberie / Sanitaires | Plombier | 3–5 sous-lots : réseau alimentation, réseau EU/EV, appareillage sanitaire | 4 – 8 % |
| CVC / VMC | Chauffagiste | 3–6 sous-lots : production chaleur/froid, distribution, émetteurs, VMC | 6 – 12 % |
| Électricité / CFO / CFA | Électricien | 3–5 sous-lots : tableau, circuits, appareillage, CFO, CFA/SSI | 5 – 9 % |
| Second Œuvre Divers | Divers corps d'état | Peintures, menuiseries int., métallerie, ascenseur si applicable | 4 – 8 % |
Le lot 02 Gros Œuvre représente systématiquement le poste le plus lourd (20 à 30 % du budget travaux). C'est aussi le lot dont la décomposition en sous-lots est la plus critique, les fondations, la structure et les dalles ont des rythmes d'exécution très différents et doivent impérativement être séparées pour un suivi financier fiable.
3. Exemple de DPGF vierge : le lot Gros Œuvre
Le tableau suivant présente un DPGF vierge structuré pour le lot Gros Œuvre, les colonnes quantité, prix unitaire et total sont laissées vides pour que l'entreprise les remplisse avec ses propres valeurs.
| Réf. | Désignation | U |
|---|---|---|
| LOT 02 | GROS ŒUVRE BÉTON ARMÉ | |
| 02.01 | FONDATIONS | |
| 02.01.01 | Terrassement fouilles en rigoles, terrain courant, évacuation déblais | m³ |
| 02.01.02 | Béton de propreté, dosage 150 kg/m³, épaisseur 10 cm | m² |
| 02.01.03 | Semelles filantes BA, section 60×30 cm, béton C25/30, aciers HA | ml |
| 02.01.04 | Plots de fondation isolés BA, 80×80×60 cm | u |
| 02.01.05 | Sous-face dalle, béton de forme, dosage 200 kg/m³, 12 cm | m² |
| 02.02 | STRUCTURE, ÉLÉVATION | |
| 02.02.01 | Voiles BA, épaisseur 20 cm, coffrage deux faces, béton C25/30 | m² |
| 02.02.02 | Poteaux BA, section 30×30 cm, béton C25/30, aciers HA | ml |
| 02.02.03 | Poutres BA, section 30×50 cm | ml |
| 02.02.04 | Dalles BA, épaisseur 20 cm, béton C25/30 | m² |
| 02.03 | ESCALIERS | |
| 02.03.01 | Escalier BA coulé en place, 1 volée, 14 marches, nez de marche intégrés | ens. |
| 02.04 | DIVERS GROS ŒUVRE | |
| 02.04.01 | Réservations GO pour lots techniques, forfait coordination | ens. |
| 02.04.02 | Joints de dilatation, profils métalliques, pose comprise | ml |
| SOUS-TOTAL LOT 02, GROS ŒUVRE |
4. Les règles de désignation
La désignation complète en 4 éléments
Une désignation professionnelle contient systématiquement quatre éléments : la nature de l'ouvrage (voile, dalle, fenêtre, gaine…), les caractéristiques techniques principales (épaisseur, section, matériau, classe de résistance…), les conditions d'exécution si particulières (coffrage une face, pose en applique, hauteur sous plafond < 2,20 m…), et les prestations incluses (fourniture et pose, évacuation des déchets, nettoyage…).
Les unités par corps d'état
Gros œuvre béton : m² pour les voiles et dalles, ml pour les poutres et poteaux, m³ pour les fouilles, u pour les éléments préfabriqués.
Charpente / couverture : m² en projection horizontale pour la couverture, ml pour les faîtières et rives, u pour les lucarnes et fenêtres de toit.
Façades / ITE : m² de surface développée, attention aux règles de déduction des ouvertures (variable selon les corps d'état).
Menuiseries extérieures : u (à l'unité) avec la désignation complète incluant les dimensions, jamais en m².
Cloisons / plafonds : m² de surface nette posée, déduction des ouvertures selon règles DTU.
Électricité / CVC : combinaison de ml pour les réseaux, u pour les équipements, ens. pour les installations complètes.
ℹ Les forfaits : quand les utiliser, quand les éviter L'unité « ens. » (ensemble) ou « forfait » est acceptable pour les prestations dont le contenu est clairement défini et dont la quantité est fixe : un escalier de 14 marches = 1 ens., une installation de chaufferie = 1 ens. Elle est à éviter pour les postes importants dont le contenu est variable ou dont le périmètre pourrait être contesté. Un 'gros œuvre forfait 250 000 €' est une invitation au litige. Un forfait ne doit jamais dépasser 15 % du montant du lot sans décomposition complémentaire.
5. La codification : la numérotation hiérarchique
La numérotation du DPGF doit être strictement cohérente avec celle du DQE, c'est ce qui permet la comparaison ligne à ligne en phase ACT. La convention standard est la numérotation hiérarchique à points : XX.YY.ZZ où XX est le numéro du lot (01 à 12+), YY est le numéro du sous-lot (01, 02, 03…), ZZ est le numéro de l'ouvrage élémentaire dans le sous-lot.
Les titres de lot et de sous-lot ne portent pas de prix, ils sont des lignes de structure sans colonne de total. Seules les lignes d'ouvrages élémentaires (niveau ZZ) portent les quantités et les prix.
6. Le DPGF et les situations mensuelles : la connexion critique
La connexion entre le DPGF et les situations mensuelles est l'une des raisons les plus pratiques pour bien structurer le DPGF en amont. Chaque mois, l'entreprise remet une situation de travaux indiquant le pourcentage d'avancement de chaque sous-lot. Le maître d'œuvre vérifie cet avancement en chantier, valide ou corrige, et calcule l'acompte à payer.
Si le DPGF est structuré en 4 sous-lots sur le lot GO (fondations, structure, dalles, divers), le suivi mensuel est précis : en mois 2, fondations à 100 %, structure à 40 %, dalles à 0 %. Si le DPGF est une seule ligne « gros œuvre forfait 280 000 € », l'avancement ne peut être que global et subjectif, source de désaccords fréquents.
7. Erreurs de structuration et conséquences
| Erreur de structuration | Phase impactée | Conséquence concrète | Gravité |
|---|---|---|---|
| Lot trop global, 1 ou 2 lignes par lot | Chantier + DGD | Situations mensuelles non vérifiables, DGD impossible à décomposer | ★★★★★ |
| Désignations vagues (ex. 'béton divers') | ACT + Chantier | Entreprises chiffrent des hypothèses différentes, comparaison impossible | ★★★★ |
| Unités incohérentes avec règles de mesurage | ACT | Entreprises recalculent, quantités incomparables entre offres | ★★★★ |
| Sous-lots non alignés avec le planning chantier | Chantier | Situations mensuelles décalées avec l'avancement réel, litiges | ★★★ |
| Oubli du BPU pour les travaux modificatifs | Chantier | Chaque avenant = négociation ouverte sans base contractuelle | ★★★★ |
| DPGF non numéroté ou numérotation incohérente avec le DQE | ACT | Comparaison DQE/DPGF impossibles, analyse ACT dégradée | ★★★ |
| Mélange de lots dans un même DPGF multi-lots | ACT + Marché | Attribution impossible par lot, marché mal défini | ★★★★ |
En résumé
Un DPGF se construit en trois principes : un lot = un marché, la granularité conditionne le suivi, la désignation doit être vérifiable. La structure en 12 lots standard couvre tous les corps d'état d'un programme résidentiel ou tertiaire. La granularité optimale est de 4 à 7 sous-lots par lot important, avec des lignes d'ouvrages élémentaires dont la désignation contient 4 éléments : nature, caractéristiques, conditions d'exécution, prestations incluses. La codification hiérarchique XX.YY.ZZ doit être strictement cohérente avec le DQE pour permettre la comparaison ACT. L'erreur la plus grave : un lot en une seule ligne, le suivi des situations mensuelles devient impossible et le DGD devient litigieux.
Nature des valeurs citées
Les pourcentages et les montants cités sur cette page sont des ordres de grandeur de cadrage, non des mesures. Ils illustrent des mécanismes et des proportions, et ne se substituent ni à une consultation d'entreprises, ni à un estimatif établi sur plans.
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Sources : index BT publiés mensuellement par l'INSEE, base 2010, pour l'actualisation des valeurs · statistiques de coût de la construction du SDES, service statistique du ministère chargé de la construction · textes réglementaires publiés au Journal officiel et consolidés sur Légifrance pour les exigences citées.