Blog

Trois référentiels aucune unification

📐 Thématique6 min de lecture

Ce que vous trouverez dans cet article Pourquoi la Belgique n'a pas de référentiel de métré unique, quelles sont les trois familles en présence, en quoi elles diffèrent structurellement, et ce que cette absence d'unification coûte en pratique.

Un métré n'a de sens que rapporté à un référentiel : le document qui dit comment les postes sont désignés, découpés et mesurés. Sans ce document, deux métrés du même bâtiment ne se comparent pas.

En Belgique, il n'y en a pas un. Il y en a trois, et ils ne sont pas de même nature. Ce n'est pas un détail administratif : deux métrés belges décrivant le même bâtiment peuvent être structurés de façon si différente qu'ils ne se comparent pas ligne à ligne.

Les trois familles en présence

Référentiel Portée Nature
CCTB Wallonie et Fédération Wallonie-Bruxelles cahier de renvoi
Référentiel flamand de bâtiment Flandre, base la plus employée reprise intégrale des articles
Référentiel fédéral Régie des Bâtiments, bilingue usage propre à ses marchés

S'y ajoutent des codifications privées, diffusées par des éditeurs de logiciels et par des bureaux, ainsi qu'une méthodologie néerlandaise que certains outils belges savent intégrer. Leur statut contractuel dépend du contrat qui les invoque.

Aucune de ces familles n'a vocation à absorber les autres. Elles coexistent, et un professionnel travaillant sur plusieurs régions les rencontre toutes.

La différence structurelle : renvoi ou reprise

C'est le point le plus important de cet article, et celui que le vocabulaire courant masque. Les référentiels ne reposent pas sur la même mécanique de mise à jour.

Le CCTB est un cahier de renvoi. Le cahier spécial des charges d'un projet ne recopie pas les prescriptions : il renvoie au référentiel et n'énonce que les précisions, les compléments et les dérogations propres au marché. Le document du projet reste court, et le contenu technique vit dans le référentiel.

Le référentiel flamand de bâtiment ne fonctionne pas ainsi. Il n'est pas un cahier de renvoi : les articles pertinents pour le projet sont repris intégralement dans le cahier spécial, en partant de la version la plus récente du référentiel. Le document du projet est autoporteur, et beaucoup plus volumineux.

Les conséquences ne sont pas symétriques. L'un expose à une erreur de version, l'autre à un texte obsolète invisible.

Cahier de renvoi Reprise intégrale
Volume du document projet réduit important
Mise à jour du contenu portée par le référentiel figée à la date de reprise
Risque principal version de référence ambiguë texte recopié devenu obsolète
Vérification nécessaire quelle version s'applique le texte est-il à jour et complet

Les deux méthodes n'exposent donc pas aux mêmes erreurs. Sous renvoi, l'erreur porte sur l'identification de la version. Sous reprise, elle porte sur la maintenance du texte recopié, qui incombe entièrement à son auteur.

Ce que l'absence d'unification coûte

Trois effets concrets, régulièrement constatés par les praticiens. Ils touchent la comparabilité, la rédaction et le contrôle.

L'échange de métrés est laborieux. Un métré structuré selon une codification et un métré structuré selon une autre ne s'alignent pas automatiquement. Les rapprocher suppose un travail manuel de correspondance, poste par poste, avec un risque d'erreur à chaque ligne.

La comparaison des offres se complique. Deux entreprises répondant sur des bases différentes produisent des documents dont l'écart apparent tient autant à la structure qu'aux prix.

Le passage au BIM en souffre. Une maquette produit des quantités qui doivent être rattachées à des postes. Sans système de codification commun, ce rattachement se refait à chaque projet.

Ce constat n'est pas une opinion de commentateur. Le secteur belge lui-même appelle depuis des années à une méthodologie unique, couvrant les textes de cahier des charges, les métrés, l'organisation des documents graphiques et le classement BIM, et souligne les confusions nées de l'échange entre systèmes divergents.

Pourquoi cette situation persiste

Trois raisons se combinent, et aucune ne relève de la négligence. Elles tiennent à l'histoire institutionnelle, aux compétences régionales et aux outils.

La compétence est partagée. La réglementation des marchés publics est fédérale, mais les référentiels techniques ont été développés par des entités régionales et communautaires, chacune pour son périmètre.

Les référentiels ont des histoires distinctes. Ils ne sont pas nés au même moment ni dans la même finalité, l'un visant un cadre général, l'autre le logement social, un troisième le patrimoine fédéral.

Aucun n'est obligatoire partout. Chacun s'impose dans son périmètre propre et reste facultatif au-delà, ce qui rend l'unification difficile à décréter.

Ce que cela implique pour un professionnel

Quatre règles pratiques.

Identifier le référentiel avant de lire un métré. La question précède toutes les autres, y compris celle des quantités.

Ne jamais supposer qu'un poste identique dans deux métrés recouvre le même travail. Le découpage et les inclusions varient selon le référentiel.

Vérifier, sous reprise intégrale, la date du texte recopié. Un cahier spécial flamand fondé sur une version ancienne du référentiel n'est pas signalé comme tel.

Vérifier, sous renvoi, quelle version s'applique. Cette question est traitée dans l'article sur la mise à jour annuelle.

Les articles de cette branche

L'article sur le CCTB traite de sa portée exacte, de son statut et de son rythme de mise à jour. Sa portée et son statut y sont précisés.

L'article sur le référentiel flamand traite de la reprise intégrale et de ses conséquences. Sa mécanique propre y est expliquée.

L'article sur le référentiel fédéral et les codifications privées traite de la circulation des métrés entre systèmes. Leur articulation avec les référentiels régionaux y est traitée.

L'article sur la comparaison d'un métré wallon et d'un métré flamand donne la méthode de rapprochement. La comparaison y est faite poste par poste.

Cet article présente l'état des référentiels professionnels à la date de vérification et sert d'orientation. Il ne remplace ni un conseil juridique ni l'examen du cas particulier.

Questions fréquentes

Trois publics et un ensemble de codifications privées : le CCTB wallon, le référentiel flamand issu du logement social, le système fédéral de classification, plus les codifications d'éditeurs.

Trois raisons se combinent : l'histoire institutionnelle, la répartition des compétences entre régions et les outils logiciels. Aucune ne relève de la négligence.

Sur le fond technique, en partie. Sur la mécanique, non : l'un renvoie à des index, l'autre reprend le texte intégralement dans le document.

Pas automatiquement. Aucune correspondance d'index n'existe entre les deux, et le rapprochement se fait poste par poste.

Explorer les articles de ce guide

Métré et cahier des charges en Belgique