Aller au contenu principal

Livrables économiques par phase MOE : guide complet pour architectes et économistes

📐 Article⏱ 7 min de lecture

À chaque phase de la maîtrise d'œuvre correspond un ensemble de livrables économiques précis. Ces documents constituent la colonne vertébrale financière du projet : ils permettent au maître d'ouvrage de prendre des décisions éclairées à chaque étape, et ils engagent progressivement la responsabilité du maître d'œuvre.

↑ Les phases de la maîtrise d'œuvre

Vue d'ensemble des livrables économiques

Phase Livrable économique Méthode Précision Rôle contractuel
ESQ Ordre de grandeur Ratios m² ±25–30 % Informatif, aucun engagement
APS Estimatif APS par corps d'état Ratios affinés + décomposition CE ±15–20 % Estimation provisoire du coût prévisionnel, sans engagement
APD Quantitatif APD par ouvrages élémentaires Métré sur plans ±10 % Estimation définitive ; coût prévisionnel souvent arrêté ici, référence du premier engagement
PRO CCTP + quantitatifs + DQE Métré précis + spécifications Document contractuel Pièces du marché à venir
DCE DPGF chiffrable + liste des pièces n/a Document contractuel Support de comparaison des offres
ACT Tableau comparatif + rapport d'analyse Analyse des offres n/a Aide à la décision du MOA
DET Validation situations + fiche suivi marché Avancement réel Mensuel Contrôle financier du chantier
AOR DGD : Décompte Général Définitif Solde de tous marchés Définitif Clôture financière de l'opération

Détail des livrables par phase

ESQ, L'ordre de grandeur : principes et limites

L'ordre de grandeur ESQ est la première expression chiffrée du projet. Il est établi par application de ratios de coût au m² de surface de plancher, qui varient selon le type d'ouvrage, le niveau de prestations et la localisation géographique.

Son rôle n'est pas de fixer le budget définitif, mais de vérifier la cohérence de principe entre le programme et l'enveloppe financière. Un projet de 500 m² de bureaux à Paris estimé à 600 K€ HT (1 200 €/m²) révèle immédiatement un gap avec les ratios de marché (1 840–2 550 €/m² selon les prestations).

Précision : ±25 à 30 %. Communicable uniquement sous forme de fourchette, jamais comme un chiffre sec.

APS, L'estimatif par corps d'état

L'estimatif APS structure le coût par grandes familles d'ouvrages : gros œuvre, façades, menuiseries extérieures, second œuvre, lots techniques. Cette décomposition permet d'identifier les postes dominants et de préparer des arbitrages si l'enveloppe est dépassée.

L'estimatif APS est aussi le premier document à faire apparaître les postes périphériques souvent oubliés à l'ESQ : VRD, aménagements extérieurs, honoraires MOE et BET, assurances, frais financiers. C'est la différence entre le coût travaux (CE) et le coût total de développement de construction (CTDC).

Coût travaux HT (CE) Somme des marchés de travaux corps d'état. C'est la base de calcul des honoraires MOE.
+ Honoraires MOE et BET 7 à 14 % du CE selon mission et complexité.
+ Études spécifiques Géotechnique, amiante, OPC, coordination SPS, bureau de contrôle. 1 à 3 % du CE.
+ Assurance dommages-ouvrage 0,5 à 1,5 % du CE. Obligatoire avant ouverture de chantier.
+ Frais financiers Variables selon mode de financement. À intégrer pour un promoteur.
= CTDC, Coût Total de Développement de Construction L'enveloppe complète hors foncier et hors TVA.

APD, Le quantitatif : la clé de l'engagement

Le quantitatif APD est le pivot financier de la mission. Il liste les ouvrages élémentaires avec leurs unités (m², ml, m³, u, forfait) et leurs quantités mesurées sur les plans, auxquelles sont appliqués des prix unitaires de référence issus de la base de données de l'économiste.

La qualité d'un quantitatif APD tient à deux facteurs : l'exhaustivité (aucun ouvrage oublié) et la fiabilité des prix unitaires (actualisés au marché, géolocalisés). Un quantitatif construit sur des prix anciens ou des données nationales non corrigées sous-estime systématiquement le coût réel, surtout en période d'inflation des matériaux.

PRO-DCE, CCTP, DPGF et DQE

La DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) est la mise en forme contractuelle du quantitatif APD, adaptée pour être chiffrée par les entreprises. Chaque ouvrage est présenté avec sa désignation, son unité, sa quantité et deux colonnes vierges : prix unitaire et prix total à remplir par l'entreprise.

Le DQE (Détail Quantitatif Estimatif) complète la DPGF dans les marchés à prix unitaires ou pour les travaux dont les quantités sont difficiles à déterminer à l'avance. Il constitue ensuite la référence pour valoriser les travaux supplémentaires ou les moins-values en cours de chantier.

ACT, Le tableau comparatif : de l'offre à la décision

Le tableau comparatif est le livrable de synthèse de la phase ACT. Il met en regard, pour chaque lot et chaque sous-lot, les montants des différentes offres reçues et l'estimation PRO de l'économiste. Il est accompagné d'un rapport d'analyse qui documente les observations techniques et formule une recommandation d'attribution motivée.

C'est ce document qui permet au maître d'ouvrage de prendre une décision d'attribution informée, et de la défendre en cas de contestation ultérieure.

DET, La fiche de suivi de marché

La fiche de suivi de marché est l'outil de contrôle financier en cours de chantier. Tenue par l'économiste ou le maître d'œuvre, elle récapitule pour chaque marché : le montant initial, les OS en cours de valorisation, les avenants signés, les provisions pour risques identifiés, et le coût prévisionnel final actualisé.

Une fiche de suivi bien tenue permet de détecter dès le début les dérives de budget, quand il est encore temps d'agir, plutôt que de constater le problème à la réception.

AOR, Le DGD : la clôture financière

Le Décompte Général Définitif (DGD) est établi lot par lot. Il intègre : montant du marché de base, avenants signés, OS valorisés définitivement, pénalités de retard éventuelles. Sa signature par l'entreprise est irrévocable : elle constitue une renonciation à tout recours ultérieur sur les sommes réglées.

↑ Les phases de la maîtrise d'œuvre

Sources : Léonard Hamburger, Maître d'œuvre Bâtiment, 3e éd., Eyrolles, 2016 · Yves Widloecher & David Cusant, Manuel de l'étude de prix, 4e éd., Eyrolles, 2018.

Base de référence des valeurs

Ces fourchettes sont des ordres de grandeur de cadrage. Sauf lorsque la page nomme une autre zone, leur marché de référence est la province standard, hors grandes métropoles (coefficient géographique 1,00). Elles servent à situer un budget en phase amont et à comparer des typologies entre elles. Elles ne remplacent ni une consultation d'entreprises, ni un estimatif établi sur plans, et ne constituent pas un relevé de prix effectivement pratiqués.

Les ratios au m² et à l'unité de cette page sont exprimés en valeurs janvier 2026. Ils ont été actualisés à partir de valeurs janvier 2025, base retenue pour l'ensemble du cocon, par l'index BT01 tous corps d'état publié mensuellement par l'INSEE, base 2010 : 132,0 en janvier 2025, 134,7 en janvier 2026, soit une progression d'environ 2 %.

Les montants globaux cités en exemple, ainsi que les loyers, charges et recettes exprimés à l'année ou à la nuitée, restent à leur base : un index de coût du bâtiment ne s'y applique pas.

Pour réactualiser les ratios, appliquez la formule usuelle de révision : valeur actualisée = valeur de la page × (BT01 du mois visé / 134,7). Le BT01 a continué de progresser depuis : il valait 138,3 en juin 2026, dernière valeur publiée à la date de vérification de cette page, soit un écart de 2,7 % avec la base de référence. Le BT01 mesure le coût des intrants des entreprises, salaires et charges, matériaux, matériel et énergie, et non les prix effectivement remis en consultation.

Questions fréquentes

De l'ESQ (ordre de grandeur par ratios) à l'AOR (DGD), l'économiste produit des estimatifs, quantitatifs, CCTP, DPGF, tableaux comparatifs et fiches de suivi.

La DPGF est le bordereau forfaitaire que l'entreprise complète avec ses prix. Le DQE est un bordereau à prix unitaires pour les travaux supplémentaires.

La fiche récapitule montant initial, OS, avenants et provisions. Elle détecte les dérives de budget quand il est encore temps d'agir.

← Les phases de la maîtrise d'œuvre : guide complet pour comprendre le déroulé d'un projet de construction