Ce que la maquette change réellement
Trois apports sont réels et mesurables.
La fiabilité des quantités géométriques. Surfaces, volumes et longueurs extraits d'une maquette cohérente sont plus fiables qu'un relevé manuel, et ils se recalculent instantanément après modification.
La traçabilité. Chaque quantité est rattachée à un objet identifiable, ce qui permet de savoir d'où elle vient.
La détection des incohérences géométriques, qui révèle en amont des problèmes qui n'apparaîtraient qu'au chantier.
Ce que la maquette ne change pas : la définition du périmètre d'un poste. Un objet modélisé ne dit pas quelles sujétions, quelles finitions ni quelles tolérances lui sont attachées. Cela reste dans le descriptif.
Pourquoi le rattachement reste laborieux
La cause est structurelle et tient à la nature des systèmes de classification, expliquée dans l'article sur le référentiel fédéral et les codifications. Classer un objet et le décrire restent deux opérations distinctes.
Les référentiels belges de prescription sont énumératifs. Chaque élément occupe une position unique dans une arborescence unique.
Les systèmes de classification employés en environnement numérique sont majoritairement à facettes. Un objet reçoit plusieurs codes selon plusieurs axes indépendants.
Passer des seconds aux premiers revient à réduire une description multidimensionnelle à une position unique. C'est un travail de conception, pas de conversion, et il dépend du projet, du niveau de détail retenu et des conventions choisies.
Où se décide la codification
C'est le point pratique le plus important, et il se joue au début du projet. Il concerne le choix de la codification.
La codification employée dans un projet numérique relève d'un choix explicite : elle peut être normalisée, propriétaire ou définie spécifiquement pour le projet, et ce choix est arrêté dans les documents encadrant la collaboration numérique. Ce choix se documente dans le protocole du projet.
La Belgique dispose d'un protocole de référence national pour les bâtiments, qui structure cette collaboration et prévoit que ces conventions soient définies plutôt que subies.
Trois questions doivent y trouver réponse. Elles portent sur la codification, le niveau de détail et la responsabilité du rattachement.
Quel système de classification est employé, et selon quel niveau de détail.
Comment se fait le rattachement aux postes du référentiel de prescription applicable au marché.
Qui produit le métré à partir de la maquette, et sous quelle responsabilité.
Un projet qui ne tranche pas ces trois questions au démarrage les tranchera dans l'urgence, au moment de produire les documents de consultation.
| Opération | Automatisable | Décision humaine |
|---|---|---|
| Extraction des quantités | Oui, depuis la maquette | Choix du niveau de détail |
| Découpage en postes | Non | Structure du métré |
| Choix de l'unité | Non | Convention de mesurage retenue |
| Rattachement objet vers poste | Partiellement | Règle de rattachement et arbitrages |
Ce qui ne s'automatise pas
Quatre opérations restent des décisions humaines, quel que soit l'outillage. Elles concernent le découpage, l'unité, la convention et le rattachement.
Le choix du découpage. Décider qu'une prestation forme un poste ou plusieurs relève de l'économie du projet, pas de la géométrie.
Les règles de mesurage. Déduire ou non les ouvertures, mesurer à l'axe ou en face, sont des conventions attachées au référentiel et non à la maquette.
Les prestations non modélisées. Installations de chantier, protections, coordination, essais et gestion des déchets n'existent pas comme objets géométriques.
La qualification des quantités. Décider qu'une quantité est présumée ou forfaitaire est une décision contractuelle.
Une part significative d'un métré ne dérive donc d'aucune maquette, et cette part est précisément celle qui produit le plus de litiges.
Ce que cela implique pour un professionnel
Quatre règles.
Ne pas confondre extraction de quantités et métré. La première alimente le second, elle ne le remplace pas.
Fixer la codification au démarrage, dans les documents de collaboration numérique, et non au moment de produire le métré.
Traiter séparément les prestations non modélisées, en les listant explicitement plutôt qu'en espérant qu'elles apparaîtront.
Vérifier les règles de mesurage appliquées à l'extraction. Un outil applique les conventions qu'on lui a données, et celles du référentiel ne sont pas ses réglages par défaut.
Cet article présente l'état des pratiques professionnelles à la date de vérification et sert d'orientation. Il ne remplace ni un conseil juridique ni l'examen du cas particulier.