Les huit points de contrôle
1. Le référentiel et sa version. Quel référentiel, quelle version, quelle date. Sans cette information, aucun autre contrôle n'a de base. Ce point est traité dans l'article sur la mise à jour annuelle.
2. La présence des descriptifs. Le métré circule-t-il seul ou avec le cahier des charges. Un métré sans descriptifs ne permet pas de déterminer le périmètre des postes.
3. Le régime de chaque poste. Quantité présumée, quantité forfaitaire, prix global ou poste pour mémoire. Le régime détermine qui porte le risque de quantité.
4. La cohérence des unités. Chaque unité correspond-elle à la nature de la prestation décrite, et quelle règle de mesurage lui est attachée.
5. Les ordres de grandeur. Rapporter les quantités principales à la surface ou au volume du projet. Un ratio aberrant révèle une erreur de saisie ou de conversion en quelques minutes.
6. Les postes orphelins et les prescriptions non chiffrées. Le contrôle croisé des index, décrit dans l'article sur la concordance.
7. Les zones de recouvrement. Jonctions entre lots, où se logent les doublons et les oublis. Elles se lisent, elles ne se calculent pas.
8. Les variantes, options et tranches. Sont-elles séparées avec des totaux propres, ou mélangées au total de base.
L'ordre compte
Les huit points ne se valent pas, et l'ordre proposé n'est pas arbitraire. Il va du contrôle le plus rapide au plus coûteux.
Les deux premiers sont bloquants. Sans référentiel identifié ni descriptifs, les six suivants portent sur du vide.
Les points trois à cinq sont rapides et rentables. Ils détectent l'essentiel des anomalies grossières pour un temps limité.
Les points six à huit demandent du temps. Ils sont indispensables sur un marché important et peuvent être allégés sur un petit chantier.
Une vérification interrompue après le point cinq vaut mieux qu'aucune vérification. L'erreur serait d'attendre d'avoir le temps de tout faire.
| Contrôle | Ce qu'il détecte | Effort |
|---|---|---|
| Cohérence des index | Postes sans prescription et inversement | Quelques minutes |
| Contrôle arithmétique | Erreurs de calcul et de report | Quelques minutes |
| Unités et conventions | Surfaces développées ou projetées, mètres courants | Une heure |
| Comparaison aux ratios | Quantités manifestement basses ou hautes | Une heure |
| Recherche des postes absents | Omissions non détectables autrement | Plusieurs heures |
Ce qu'il faut signaler et à qui
Trois situations, trois destinataires.
Une erreur ou une lacune dans les documents d'un marché public se signale au pouvoir adjudicateur, dans le délai prévu par les documents du marché, par écrit et avec conservation de la preuve d'envoi. Les enjeux sont traités dans l'article sur qui porte le risque d'une erreur de quantité.
Une ambiguïté sur le périmètre d'un poste se lève par une question, posée par le canal prévu. En marché public, les réponses sont généralement publiées à tous, ce qui préserve l'égalité de traitement.
Une anomalie constatée par un maître d'ouvrage dans le métré de son auteur de projet se traite dans la relation contractuelle qui les lie, et mérite d'être formulée par écrit.
Le temps que cela demande réellement
Un ordre de grandeur pour situer l'effort. Le contrôle complet se mesure en heures et non en journées.
Sur un métré de bâtiment courant, les points un à cinq demandent moins d'une heure à un praticien expérimenté. Les points six à huit demandent davantage, selon la taille du document.
Ce temps se compare à ce qu'il évite : une discussion sur le périmètre d'un poste en cours de chantier mobilise plusieurs intervenants pendant des jours, et se solde souvent par un compromis coûteux.
Ce qu'il ne faut pas faire
Trois réflexes à écarter.
Chiffrer d'abord et vérifier ensuite. Le chiffrage fige des hypothèses qu'il faudra reprendre.
Corriger silencieusement. Modifier une quantité dans son propre chiffrage sans le signaler crée un écart invisible entre l'offre et le métré du marché.
Supposer que les autres ont vérifié. Ni le pouvoir adjudicateur ni les autres soumissionnaires ne garantissent la détection des erreurs.
Ce que cela implique pour un professionnel
Trois règles.
Faire les cinq premiers points systématiquement, quelle que soit la taille du marché.
Conserver la trace de la vérification, ne serait-ce qu'une liste des points contrôlés et des anomalies relevées.
Signaler dans les délais, sans attendre d'avoir terminé l'ensemble du chiffrage.
Cet article présente des usages professionnels à la date de vérification et sert d'orientation. Il ne remplace ni un conseil juridique ni l'examen du cas particulier.