Objectifs et enjeux de la phase PRO
L'APD a permis d'arrêter les choix techniques et de constituer le dossier de permis de construire. La phase PRO va plus loin : elle produit les documents suffisamment précis pour que n'importe quelle entreprise qualifiée puisse chiffrer son offre sans ambiguïté.
C'est la phase la plus exigeante en termes de production documentaire. Elle engage simultanément l'architecte (plans d'exécution et carnets de détails), l'économiste (CCTP, quantitatifs, DQE) et l'ensemble des BET (CCTP techniques, plans de réseaux, synoptiques). La coordination entre ces productions est critique : une omission sur les plans se retrouve dans le CCTP, puis dans le marché, puis au chantier sous forme d'avenant.
Ce qui distingue PRO d'APD
Plans | APD : 1/100, définition suffisante pour le PC. PRO : 1/50 et détails 1/20, chaque ouvrage est localisable et mesurable. |
Pièces écrites | APD : descriptif sommaire des ouvrages (DSO). PRO : CCTP complets lot par lot, avec spécifications techniques complètes. |
Quantitatifs | APD : par éléments fonctionnels, ±10 %. PRO : par ouvrages élémentaires, document contractuel de référence. |
Rôle de l'économiste | APD : engagement sur le coût prévisionnel. PRO : rédaction des CCTP et quantitatifs, coordination des BET, relecture des plans. |
Objectif final | APD : permis de construire + engagement financier. PRO : dossier permettant la consultation des entreprises (DCE). |
Les plans PRO : exigences et points de vigilance
Un plan PRO n'est pas un simple plan APD renommé. Il doit comporter l'ensemble des informations dont les entreprises auront besoin pour chiffrer et réaliser leurs prestations.
Ce qui doit figurer sur un plan PRO
- Nature des matériaux de chaque paroi : type et épaisseur de chaque cloison ou voile (parpaing 15 cm, carreaux de plâtre 7 cm, doublage BA13+50 mm, voile BA 20 cm…), numéroté et repéré sur plan.
- Revêtements de sol par local : carrelage, parquet, résine, moquette — précisés sur le plan ou dans un tableau des locaux associé.
- Revêtements muraux et de plafond : peinture, faïence, faux-plafond avec type et hauteur, panneaux acoustiques.
- Numérotation des portes et des locaux : indispensable dès que le projet compte plus de quelques pièces. Sans numérotation, les CCTP et le chantier deviennent source de confusion.
- Repérage des équipements sanitaires : vasques, WC, douches, baignoires — avec positionnement précis permettant le raccordement.
- Localisation des réservations principales : trémies pour gaines CVC, passages de réseaux électriques, fourreaux VRD.
Règle d'or du plan PRO : la personne en charge des pièces écrites doit trouver sur les plans toutes les informations dont les entreprises auront besoin
Un bon économiste ne rédige pas le CCTP les yeux fermés : il l'écrit en ayant les plans sous les yeux, et il vérifie que chaque prestation décrite dans le CCTP est cohérente avec ce qui figure sur le plan. Si une prestation est dans le CCTP mais absente du plan, elle sera contestée. Si elle est sur le plan mais absente du CCTP, elle sera oubliée dans les offres et deviendra un avenant.
En cas d'insuffisance des plans, l'économiste doit demander leur mise à jour avant de finaliser les pièces écrites — pas après. Un CCTP rédigé sur des plans incomplets est une bombe à retardement.
La structure du CCTP : l'ossature du dossier PRO
Le CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières) est la pièce maîtresse du dossier de consultation. Il décrit, lot par lot, l'ensemble des prestations que l'entreprise s'engage à réaliser pour le prix de son offre. Sa rédaction engage directement la responsabilité du maître d'œuvre : une prestation mal décrite ou omise peut engendrer un litige ou un avenant coûteux.
Structure type d'un CCTP
Article 1 — Objet et domaine d'application | Définit le périmètre du lot, les documents contractuels de référence (normes, DTU applicables), le régime de sous-traitance. |
Article 2 — Description générale des travaux | Présentation synthétique des prestations du lot, interfaces avec les lots voisins, organisation générale du chantier pour ce corps d'état. |
Article 3 — Matériaux et produits | Spécifications techniques des matériaux : marques de référence ou équivalent, caractéristiques minimales (résistance thermique, acoustique, classe de réaction au feu…). |
Article 4 — Modes d'exécution | Description des procédés de mise en œuvre, références DTU applicables, conditions d'exécution (température, hygrométrie, supports). |
Article 5 — Prestations détaillées | Description ouvrage par ouvrage, avec localisation et quantité indicative. C'est le cœur du CCTP. |
Article 6 — Documents à fournir | Plans d'exécution, fiches techniques, PV d'essais, notes de calcul à produire par l'entreprise. |
Article 7 — Essais et réceptions partielles | Protocoles de vérification, essais d'étanchéité, mesures acoustiques, contrôles thermiques. |
La rédaction d'un CCTP de qualité nécessite une connaissance approfondie des DTU (Documents Techniques Unifiés) applicables à chaque corps d'état. Les DTU définissent les règles de l'art pour chaque technique constructive : ils sont la référence opposable en cas de litige entre entreprise et maître d'ouvrage.
Les CCTP des lots techniques : le rôle des BET
Pour les lots techniques (CVC, plomberie, courants forts, courants faibles, désenfumage, VRD), les CCTP sont rédigés par les BET spécialisés et non par l'économiste. L'économiste coordonne l'ensemble, vérifie la cohérence entre les différents CCTP et intègre le tout dans le dossier PRO.
- CCTP Structure : rédigé par le BET Structure. Comprend les spécifications des bétons, aciers, bois de charpente, dispositifs parasismiques le cas échéant.
- CCTP CVC/Plomberie : rédigé par le BET fluides. Comprend les schémas de principe en annexe, les performances thermiques des équipements, les exigences de régulation.
- CCTP Courants forts : rédigé par le BET électrique. Comprend le synoptique basse tension, les niveaux d'éclairage exigés, les spécifications des tableaux.
- CCTP Désenfumage : souvent intégré au CCTP CVC. Décrit les systèmes de désenfumage mécanique ou naturel selon la réglementation ERP applicable.
Le quantitatif PRO et le DQE
Le quantitatif PRO est la version définitive du document de chiffrage économique. Il liste tous les ouvrages élémentaires du projet avec leurs unités de mesure (m², ml, m³, u, forfait) et leurs quantités relevées sur les plans PRO. Ce document est le support des DPGF que les entreprises complèteront avec leurs prix en phase DCE.
Quantitatif PRO vs DQE
Quantitatif PRO | Document de travail interne de l'économiste. Permet de vérifier la cohérence globale des coûts et de détecter les écarts avec l'engagement APD. Pas nécessairement diffusé aux entreprises tel quel. |
DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) | Version mise en forme du quantitatif, transmise aux entreprises dans le DCE. Les entreprises y ajoutent leurs prix unitaires et totaux. Devient pièce contractuelle à la signature du marché. |
DQE (Détail Quantitatif Estimatif) | Bordereau à prix unitaires utilisé pour les marchés à prix unitaires (ou comme document complémentaire). Permet le chiffrage des travaux supplémentaires et modificatifs en cours de chantier, à partir des prix unitaires du marché initial. |
La DPGF : le document financier central du marché de travaux
La DPGF remplie par l'entreprise constitue la décomposition contractuelle de son prix forfaitaire. Elle n'est pas une liste de quantités opposables — dans un marché forfaitaire, les quantités sont indicatives. Ce sont les prix unitaires qui importent.
En cours de chantier, la DPGF sert de référence pour : 1) calculer les situations mensuelles d'avancement, 2) valoriser les travaux supplémentaires quand un prix unitaire existe déjà, 3) calculer les moins-values en cas de suppression de prestations prévues au marché.
Un maître d'œuvre qui n'a pas de DPGF structurée ne peut pas gérer efficacement un chantier. C'est pourquoi la qualité du dossier PRO détermine directement la qualité du suivi financier en DET.
Coordination PRO : la présynthèse
La phase PRO doit anticiper les problèmes de synthèse qui surgiront en phase chantier. Le maître d'œuvre organise une présynthèse — vérification que les grands réseaux CVC peuvent passer sous les poutres en dégageant une hauteur sous faux-plafond suffisante, que les terminaux (bouches, luminaires, détecteurs) sont positionnés en cohérence les uns avec les autres.
Une présynthèse bien conduite en PRO épargne des semaines de confusion en chantier. Les problèmes de coordination non résolus en PRO deviennent des conflits entre entreprises, des modifications en cours de travaux, et souvent des avenants.