Aller au contenu

L'architecte, le métreur et le gestionnaire de projet

📐 Article

Par , économiste de la construction

Information vérifiée le 11 min de lecture

Ce que vous trouverez dans cet article Pour l'architecte, le métreur ou économiste de la construction et le gestionnaire de projet : leur mission, le contrat qui la fixe, ce qu'ils garantissent et ne garantissent pas sur le coût, leur indépendance, puis l'assurance professionnelle qui les couvre tous trois et la manière de les combiner sans doublon.

Trois intervenants peuvent tenir le crayon du budget aux côtés du maître d'ouvrage. Un seul est imposé par la loi, l'architecte ; les deux autres n'existent que par leur contrat, et c'est ce contrat qui dit ce qu'ils doivent au maître d'ouvrage sur le coût. Les confondre, c'est payer deux fois la même tâche ou n'en payer aucune.

Trois fondements différents

Architecte Métreur ou économiste de la construction Gestionnaire de projet
Fondement loi du 20 février 1939 ; règlement de déontologie de 2022 contrat de services contrat de services
Intervention obligatoire pour les travaux soumis à autorisation de bâtir, sauf dérogations facultative facultative
Titre protégé non réglementé (Le Forem) sans statut légal propre
Rôle sur le coût conçoit dans le budget, chiffre les modifications du programme estime, contre-estime, vérifie quantités et prix organise le suivi, prépare les décisions
Ce qu'il ne fait pas il n'exécute pas les travaux il ne conçoit pas, ne contrôle pas l'exécution il ne décide pas à la place du maître d'ouvrage
Assurance RC professionnelle loi du 9 mai 2019 loi du 9 mai 2019 loi du 9 mai 2019

L'architecte

Sa mission

L'intervention de l'architecte est obligatoire. La loi du 20 février 1939 impose de recourir à un architecte pour l'établissement des plans et le contrôle de l'exécution des travaux soumis à autorisation de bâtir (art. 4), sous réserve de dérogations. La portée de ce monopole est détaillée dans l'article sur l'architecte et son intervention obligatoire.

Sur le coût, le règlement de déontologie fixe le cadre. Le règlement de l'Ordre des architectes du 16 novembre 2022 impose de soumettre des projets « dans les limites du programme fixé dans la mission et du budget », et prévoit que toute modification du programme « doit faire l'objet d'une convention additionnelle qui en mentionnera l'incidence financière » (art. 16). L'architecte assiste aussi le maître de l'ouvrage dans le choix de l'entrepreneur « dans les meilleures conditions de prix et de qualité » (art. 22).

Son contrat

La convention est écrite au plus tard lorsque la mission a été définie (déontologie, art. 20). Pour le maître d'ouvrage, c'est le document où le budget doit apparaître en chiffres, avec sa date de valeur et ce qu'il comprend (travaux seuls ou coût total). Un budget oral se prouve mal et se défend mal.

Les honoraires sont libres. Il n'existe plus de barème : le règlement de 2022 n'en contient aucun et ne prévoit que des échelles de référence pour les traitements des architectes salariés (art. 12). Le maître d'ouvrage compare donc les offres d'honoraires sur le contenu de la mission, phase par phase, et non sur un pourcentage de référence.

Ce qu'il garantit et ne garantit pas sur le coût

Il doit concevoir dans le budget, pas garantir le prix des offres. Sa responsabilité est en principe une obligation de moyens, appréciée au cas par cas. La tendance des décisions publiées admet un écart limité entre budget et coût, et sanctionne les dépassements importants ; les décisions et leurs sources sont présentées dans l'article sur le budget dépassé par l'architecte.

Ce qui le dégage en partie : un programme qui change sans trace. Si le maître d'ouvrage modifie son programme sans convention additionnelle chiffrée, le lien entre le dépassement et l'architecte devient difficile à établir.

Son indépendance

L'architecte ne peut pas être entrepreneur. La loi de 1939 déclare les deux professions incompatibles (art. 6), et le règlement de déontologie reprend cette incompatibilité (art. 10, 1°). Il autorise toutefois l'architecte à participer, « avec un entrepreneur notamment, à une société de services immobiliers », à condition qu'il « conserve son indépendance » (art. 10, 2°, b). Le maître d'ouvrage qui traite avec une telle structure demande par écrit comment cette indépendance est organisée.

L'indépendance ne vaut pas exactitude. Elle garantit que l'architecte ne vend pas les travaux qu'il estime, pas que son estimation est juste. C'est l'espace d'un contrôle par un tiers.

Le métreur ou économiste de la construction

Sa mission

Un métier aux noms multiples. Le Forem décrit le métier de métreur sous les appellations d'économiste de la construction, de métreur-concepteur, de métreur-vérificateur et de métreur-deviseur. Parmi les missions décrites : calculer « le prix le plus juste » et contrôler a posteriori l'écart entre l'estimation et les coûts réels.

Pour le maître d'ouvrage, le métreur remplit quatre missions types. Chacune se décrit dans son contrat :

  • l'estimation par éléments au stade de l'esquisse ou de l'avant-projet ;
  • la contre-estimation de l'estimation de l'architecte, présentée dans l'article sur la contre-estimation indépendante ;
  • la vérification du métré et l'analyse des offres ;
  • le contrôle des états d'avancement et la prévision du coût final pendant le chantier.

Son contrat

Le titre n'est pas réglementé. Le Forem indique qu'il n'existe « pas d'obligation légale pour l'exercice de ce métier ». Tout repose donc sur le contrat : documents remis, phases couvertes, date de valeur, décomposition attendue, format des livrables, délai, et déclaration d'absence de lien avec les entreprises consultées.

Ce qu'il garantit et ne garantit pas sur le coût

Il répond de la qualité de son chiffrage, dans les limites de sa mission et des documents reçus. Il ne garantit pas le prix que le marché remettra, et il ne répond pas des choix de conception, qui restent ceux de l'architecte et du maître d'ouvrage.

Son indépendance

Aucun texte ne l'organise : c'est au maître d'ouvrage de l'exiger. Il demande que le métreur qui travaille pour lui ne remette pas d'offre sur le chantier qu'il contrôle et ne travaille pas pour une entreprise consultée. Une clause suffit à le formaliser.

Le gestionnaire de projet

Sa mission

Homegrade parle de maître d'ouvrage délégué pour la personne à qui le maître d'ouvrage confie une partie de son rôle (brochure « Maîtriser son chantier », Région de Bruxelles-Capitale). Le gestionnaire de projet organise : il tient le planning, coordonne les intervenants, réunit les informations de coût, prépare les décisions et en garde la trace.

Son contrat

Une mission contractuelle, sans statut légal propre. Son étendue dépend de ce qui est écrit : simple assistance, ou mandat de représenter le maître d'ouvrage pour certains actes. Le contrat dit lesquels, avec quels plafonds, et ce qui reste réservé à la signature du maître d'ouvrage (contrats, suppléments, réception).

Ce qu'il garantit et ne garantit pas sur le coût

Il garantit l'organisation du suivi, pas le montant. Il doit alerter, documenter et faire décider à temps ; il ne répond ni de la conception ni du chiffrage s'il n'en a pas reçu la mission. S'il chiffre lui-même, son contrat doit le dire.

Son indépendance

Elle se juge à ses liens. Un gestionnaire de projet rémunéré par le maître d'ouvrage seul, sans lien avec l'architecte ni avec les entreprises, défend l'enveloppe. Le contrat prévoit qu'il déclare tout lien de ce type.

Les intervenants imposés à côté d'eux

Le maître d'ouvrage désigne aussi d'autres intervenants, dont la mission vient d'un texte et non du contrat : le coordinateur sécurité-santé lorsque plusieurs entrepreneurs interviennent sur un ouvrage d'au moins 500 m² (loi du 4 août 1996 et arrêté royal du 25 janvier 2001), le responsable PEB agréé en Wallonie, l'EPB-verslaggever en Flandre, désigné par le bouwheer avant le début des travaux. Sur un ouvrage plus petit, ce coordinateur est désigné par l'auteur de projet puis par le maître d'œuvre chargé du contrôle de l'exécution. Leur coût entre dans le budget ; leur rôle est présenté dans l'article sur les autres intervenants imposés.

Une assurance commune : la loi du 9 mai 2019

Les trois relèvent de l'assurance RC professionnelle obligatoire. La loi du 9 mai 2019, en vigueur depuis le 1er juillet 2019, vise les architectes, les géomètres-experts, les coordinateurs sécurité-santé et les autres prestataires du secteur de la construction, c'est-à-dire toute personne autre qu'un promoteur qui fournit pour un tiers, contre rémunération et de manière indépendante, des prestations principalement immatérielles (art. 2, 4°). Un métreur ou un gestionnaire de projet indépendant qui travaille pour un maître d'ouvrage répond à cette description.

Les montants minimaux par sinistre (loi du 9 mai 2019, art. 4 ; montants de base de 2007, indexés) :

Dommages couverts Minimum assuré
Dommages corporels 1 500 000 €
Dommages matériels et immatériels 500 000 €
Objets confiés par le maître d'ouvrage 10 000 €
Plafond annuel 5 000 000 €

Cette couverture ne garantit pas le budget : la loi permet d'en exclure les réclamations relatives aux dépassements de devis ou de budget, à un manque de contrôle ou aux erreurs dans l'estimation des coûts (art. 5, 6°). Le maître d'ouvrage lit donc les exclusions de la police autant que l'attestation.

L'architecte relève en plus de l'assurance décennale de la loi du 31 mai 2017 pour les habitations où son intervention est obligatoire. Le détail des régimes figure dans l'article sur les assurances obligatoires. En pratique, le maître d'ouvrage demande l'attestation de chacun avant de signer.

Les combiner sans doublon

Une règle : chaque tâche de coût a un seul titulaire écrit. Le budget initial est fixé par le maître d'ouvrage. L'estimation du projet revient à l'architecte. La contre-estimation, la vérification du métré et le contrôle des états d'avancement peuvent revenir au métreur. Le tableau de bord, les alertes et la préparation des décisions peuvent revenir au gestionnaire de projet. La signature reste au maître d'ouvrage. Le cadre général de cette répartition, et qui signe quoi, est posé dans l'article de branche sur qui pilote le coût pour le maître d'ouvrage.

Cet article présente l'état des règles au 21 octobre 2026 et sert d'orientation professionnelle. Il ne remplace ni un conseil juridique ni l'examen du cas particulier.

Questions fréquentes

Aucune en droit : Le Forem présente « économiste de la construction » comme une appellation du métier de métreur, avec métreur-vérificateur et métreur-deviseur. Le titre n'est pas réglementé.

Le maître d'ouvrage est libre de faire vérifier une estimation par un tiers. L'architecte reste tenu de concevoir dans le budget, et la discussion se fait plus sereinement sur pièces.

Seulement si son contrat lui donne ce mandat, par écrit et dans des limites précises. Sans mandat, la signature reste au maître d'ouvrage.

Oui. La loi du 9 mai 2019 impose une assurance RC professionnelle aux architectes et aux autres prestataires intellectuels indépendants du secteur de la construction. Demander l'attestation avant de signer.

← Le budget de construction du maître d'ouvrage en Belgique : le fixer, le contrôler, le tenir