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Le décompte final comparé au devis

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Par , économiste de la construction

Information vérifiée le 11 min de lecture

Ce que vous trouverez dans cet article Ce que l'article 47 de la loi du 8 avril 2018 exige du décompte final, la lecture des écarts entre devis, prix adjugé et coût final à l'aide d'un exemple fictif, la justification des dépassements, les circuits propres à l'État et aux communes, et la manière de préparer ce décompte dès le premier jour du chantier.

Le décompte final est le moment où le budget rend ses comptes. Au Luxembourg, la loi ne se contente pas d'un total : elle impose de comparer le devis établi par le pouvoir adjudicateur, puis, par corps de métier, le prix adjugé et le coût final, marchés supplémentaires compris, avec les hausses légales à part et une justification de tout dépassement qui les excède. Un maître d'ouvrage qui a tenu son tableau de bord sur cette grille n'a plus qu'à le clore ; celui qui ne l'a pas fait doit reconstituer après coup ce qui s'est passé.

Ce que l'article 47 exige

Le texte tient en trois paragraphes de la loi modifiée du 8 avril 2018 sur les marchés publics. Le paragraphe 1 impose un décompte final pour tous les marchés. Au-delà de 20 000 euros hors TVA, exprimés en valeur 100 de l'indice des prix à la consommation, ce décompte, établi après réception de la totalité des prestations, doit comporter « comparaison du devis établi en vue de la procédure de passation d'un marché et comparaison, par corps de métiers, du prix adjugé et du coût final de la totalité du marché, marchés supplémentaires compris ». Ce montant indiciaire s'actualise ; sa valeur 2026 ne figure pas sur les pages du portail des marchés publics consacrées aux seuils.

Le paragraphe 2 isole l'évolution des prix : « En cas de dépassement du devis ou du prix convenu, les hausses légales sont à indiquer séparément. » Le paragraphe 3 fixe la charge de la preuve : « Une justification est à fournir pour tous les dépassements excédant les hausses légales. »

Le mot « devis » a ici son sens luxembourgeois. Il ne désigne pas l'offre d'une entreprise, mais l'estimation établie par le pouvoir adjudicateur avant la consultation, celle qui a servi à choisir la procédure et qu'il est interdit de communiquer aux soumissionnaires (règlement grand-ducal d'exécution du 8 avril 2018, art. 45 (5)). Le décompte final referme ainsi la boucle ouverte par ce devis.

Deux écarts, et non un seul

La comparaison imposée par la loi fait apparaître deux écarts de nature différente. Le premier, entre devis et prix adjugé, mesure la qualité de l'estimation et l'état du marché au moment de la consultation : il est connu dès l'attribution. Le second, entre prix adjugé et coût final, mesure ce qui s'est passé pendant l'exécution : marchés supplémentaires, écarts de quantités, hausses légales.

Écart Ce qu'il mesure Quand il est connu Ce qui l'explique
Devis → prix adjugé l'estimation face aux offres à l'attribution prix du marché, complétude du dossier, découpage en lots
Prix adjugé → coût final l'exécution au fil du chantier, arrêté au décompte avenants et marchés supplémentaires, quantités réelles, hausses légales
Devis → coût final l'écart total à justifier au décompte somme des deux écarts, hausses légales indiquées à part

Confondre les deux écarts, c'est se tromper de remède. Un dépassement né à l'attribution ne se corrige pas sur le chantier ; il renseigne sur la manière d'estimer le prochain projet. Un dépassement né de l'exécution, lui, se pilotait poste par poste, et le décompte dit seulement si ce pilotage a fonctionné.

Un exemple fictif

L'exemple suivant est entièrement fictif, avec des montants ronds HTVA, et ne sert qu'à montrer la construction du tableau. Un pouvoir adjudicateur a établi un devis de 1 800 000 euros pour 3 lots.

Corps de métier Devis Prix adjugé Marchés supplémentaires Hausses légales Coût final
Gros œuvre 900 000 € 950 000 € 40 000 € 25 000 € 1 015 000 €
Façades 500 000 € 480 000 € 10 000 € 12 000 € 502 000 €
Techniques 400 000 € 430 000 € 30 000 € 8 000 € 468 000 €
Total 1 800 000 € 1 860 000 € 80 000 € 45 000 € 1 985 000 €

La lecture se fait en trois temps. Le dépassement total du devis est de 185 000 euros (1 985 000 moins 1 800 000). Les hausses légales, indiquées séparément, en représentent 45 000. Restent 140 000 euros à justifier : 60 000 euros nés à l'attribution (1 860 000 moins 1 800 000) et 80 000 euros de marchés supplémentaires nés pendant l'exécution. La justification se rédige lot par lot : le gros œuvre porte à lui seul 50 000 euros d'écart d'attribution et 40 000 euros de marchés supplémentaires, ce qui oriente l'analyse.

Le lot des façades montre qu'un total ne suffit pas. Adjugé sous le devis, il compense en partie les autres lots dans le total ; la comparaison par corps de métier exigée par la loi empêche cette compensation de masquer les écarts.

Justifier un dépassement

La justification exigée par l'article 47 (3) porte sur des causes, pas sur des montants. Pour chaque lot en dépassement au-delà des hausses légales, elle relie l'écart à une pièce : l'avenant signé et le cas de l'article 43 dans lequel il s'inscrit, le métré qui établit une quantité réelle supérieure à la quantité du bordereau, ou l'analyse de l'écart d'attribution.

Cause Pièce qui la documente Où la suivre pendant le chantier
Marché supplémentaire, avenant avenant signé, cas de l'art. 43, délibération si nécessaire ligne des avenants approuvés
Quantités réelles métré contradictoire, situations de travaux ligne des écarts de quantités
Écart d'attribution rapport d'analyse des offres, devis daté colonne « prix adjugé »
Hausses légales calcul selon la clause du cahier spécial des charges ligne séparée, non à justifier

Les avenants et leurs plafonds sont décrits dans l'article sur les avenants d'un marché public en cours. Le passage des quantités du bordereau aux quantités réellement exécutées, et la manière de les établir contradictoirement, est traité dans l'article sur le décompte et les quantités réelles. Ici, seule compte leur place dans la comparaison.

Les circuits de l'État et des communes

Pour l'État, les grands ouvrages remontent jusqu'à la Chambre des députés. L'article 48 de la loi de 2018 vise les ouvrages dont le coût dépasse le montant fixé à l'article 80 de la loi modifiée du 8 juin 1999 sur le budget, la comptabilité et la trésorerie de l'État, soit 60 000 000 euros, valeur correspondant à la valeur 1037,72 de l'indice annuel des prix à la construction. Leur décompte est transmis au ministre du Budget et à la Chambre des députés dans un délai d'un an après la réception, avec justification des dépassements excédant les hausses légales, et il est soumis au contrôle de la Cour des comptes.

Pour une commune, le décompte revient devant le conseil communal. L'article 148 du règlement d'exécution prévoit que le décompte est établi selon l'article 47 de la loi et soumis à l'approbation du conseil communal. Il clôt un circuit ouvert par la délibération de principe et l'approbation du projet définitif détaillé, et ponctué, le cas échéant, par l'approbation des dérogations importantes (art. 147). Ce circuit est décrit dans l'article sur le budget d'un projet public.

Dans les deux cas, le décompte est un document politique autant que comptable. L'organe qui a voté le budget y lit si son plafond a été tenu, et pourquoi il ne l'a pas été.

La facture définitive et ses délais

Le décompte s'appuie sur la facture définitive, qui suit la réception définitive. Selon les articles 135 et 136 du règlement d'exécution, cette facture s'établit sur la base du procès-verbal de réception définitive ; le pouvoir adjudicateur en vérifie les positions et signale toute contestation « dans les vingt-huit jours ». Ce délai est court pour qui découvre les écarts à ce moment ; il est suffisant pour qui les a suivis pendant le chantier. Ce qui se passe entre la signature et la réception est présenté dans l'article sur ce qui se joue après la signature.

Préparer le décompte dès le premier jour

Le tableau du décompte se construit à l'ouverture du chantier, pas à sa fermeture. Ses colonnes sont celles du tableau de bord décrit dans l'article sur le suivi du coût final pendant le chantier : devis daté, prix adjugé, avenants et marchés supplémentaires, hausses légales, coût final, par corps de métier. Chaque mise à jour en cours de chantier est un décompte provisoire.

Trois précautions rendent ce travail possible. Conserver le devis daté et ventilé par lot, tel qu'il a servi à la procédure, même s'il est confidentiel vis-à-vis des soumissionnaires. Rattacher chaque avenant au lot qu'il modifie, et non à une rubrique « divers ». Tenir la ligne des hausses légales séparée dès la première révision.

En marché privé, aucune obligation n'impose ce décompte, mais la grille vaut tout autant. Comparer l'estimation de l'architecte, le prix signé et le coût final, en séparant suppléments, quantités et révision, donne au maître d'ouvrage privé la même lecture des causes et prépare son prochain projet.

Cet article présente l'état de la législation luxembourgeoise sur les marchés publics et les finances de l'État à la date de vérification et sert d'orientation professionnelle. Il ne remplace ni un conseil juridique ni l'examen du cas particulier.

Questions fréquentes

Tous les marchés publics, selon l'article 47 (1) de la loi de 2018. Au-delà de 20 000 euros hors TVA en valeur 100 de l'indice, à actualiser, le décompte doit comparer le devis, puis par corps de métier le prix adjugé et le coût final, marchés supplémentaires compris.

Non. Elles sont indiquées séparément au décompte, et seuls les dépassements qui les excèdent doivent être justifiés, selon l'article 47 (2) et (3).

Pour les ouvrages dont le coût dépasse le montant de l'article 80 de la loi du 8 juin 1999, le décompte est transmis au ministre du Budget et à la Chambre des députés dans un délai d'un an après réception, et contrôlé par la Cour des comptes.

Le décompte, établi selon l'article 47 de la loi, est soumis à l'approbation du conseil communal (art. 148 du règlement d'exécution).

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